Valorisation par multiples : comment la calculer et l’utiliser

Audun Partners

04/12/2025

Dans le monde de la finance d’entreprise, si vous demandez « combien vaut cette société ? », on vous répondra presque toujours par un multiple : « Elle vaut 8 fois l’EBITDA » ou « Elle se paie 1 fois le chiffre d’affaires ».

La méthode des multiples (ou méthode des comparables) est l’outil roi des négociations. Sa force réside dans sa simplicité apparente et son ancrage dans la réalité du marché. Pourtant, derrière cette formule mathématique basique se cachent des subtilités qui peuvent faire varier la valorisation du simple au double.

Voici comment maîtriser la mécanique de la valorisation par multiples pour l’utiliser à bon escient.

La formule de base : comprendre l’Enterprise Value

Le principe est d’appliquer un coefficient (le multiple) à un indicateur financier de l’entreprise pour obtenir sa Valeur d’Entreprise (Enterprise Value ou EV).

Valeur d’Entreprise = Indicateur Financier x Multiple

Il est crucial de comprendre que ce résultat donne la valeur de l’actif économique global (l’outil de travail), indépendamment de la manière dont il est financé. Ce n’est pas encore ce que touchera le vendeur.

Pour obtenir la valeur des titres (Equity Value), c’est-à-dire le prix des actions, il faut appliquer la formule du « pont » :

Prix des Titres (Equity Value) = Valeur d’Entreprise – Dette Nette

(Rappel : Dette Nette = Dettes financières – Trésorerie disponible)

C’est l’erreur la plus fréquente : confondre la valeur de l’entreprise (EV) et le chèque à signer (Equity Value).

Quels indicateurs utiliser ?

Le choix de l’indicateur dépend du profil de l’entreprise et de son secteur.

1. Le Multiple d’EBITDA (EBE) : Le standard

L’EBITDA (Earnings Before Interest, Taxes, Depreciation, and Amortization) est l’indicateur de référence. Il mesure la rentabilité opérationnelle brute, avant politique d’investissement ou de financement.

  • Pourquoi ? C’est le flux de trésorerie brut généré par l’activité. Il est comparable entre des entreprises de pays différents car il gomme les différences fiscales et comptables.
  • Pour qui ? La grande majorité des PME et ETI rentables (industrie, services, distribution).

2. Le Multiple d’EBIT (REX) : Pour les industries lourdes

L’EBIT (Earnings Before Interest and Taxes) ou Résultat d’Exploitation prend en compte les amortissements.

  • Pourquoi ? Dans l’industrie lourde, l’usure des machines est un vrai coût. L’EBITDA, qui l’ignore, peut être trompeur. L’EBIT donne une vision plus juste de la marge réelle après maintien de l’outil productif.

3. Le Multiple de Chiffre d’Affaires (Revenue) : Pour la Tech

Parfois, l’entreprise ne fait pas encore de profits, ou sa rentabilité n’est pas significative.

  • Pour qui ? Les startups SaaS (Software as a Service), les marketplaces ou les sociétés en hyper-croissance. Ici, on achète une part de marché et une croissance future, pas (encore) une rentabilité.

Comment déterminer le bon multiple ?

C’est tout l’art de la valorisation. Dire « le multiple du secteur est de 7x » est une simplification. Le multiple doit être ajusté en fonction de critères spécifiques à votre entreprise (les « primes » et « décotes »).

Les facteurs qui augmentent le multiple (Prime) :

  • Croissance supérieure à la moyenne du secteur.
  • Récurrence du chiffre d’affaires (abonnements, contrats longs).
  • Taille critique : les grosses entreprises se paient plus cher que les petites (prime de taille).
  • Barrières à l’entrée (technologie brevetée, marque forte).

Les facteurs qui baissent le multiple (Décote) :

  • Dépendance à un gros client ou au dirigeant.
  • Faible rentabilité par rapport aux concurrents.
  • Risque réglementaire ou technologique.
  • Illiquidité : une PME non cotée subit une décote d’illiquidité (souvent 20-30%) par rapport aux comparables boursiers, car on ne peut pas revendre ses parts en un clic.

Les limites de la méthode

Si la méthode des multiples est incontournable, elle ne doit pas être utilisée aveuglément.

  1. La qualité des comparables : Il est très difficile de trouver des entreprises strictement identiques. Comparer une PME locale à un géant coté en bourse nécessite des retraitements complexes.
  2. L’effet « rétroviseur » : Les multiples se basent souvent sur les comptes de l’année passée (EBITDA historique). Pour une entreprise en forte mutation, cela ne reflète pas le potentiel futur. On préférera alors utiliser des multiples sur l’EBITDA prévisionnel ou une méthode DCF.
  3. La volatilité du marché : Les multiples fluctuent avec la bourse. En période de crise, les multiples s’effondrent, même si votre entreprise reste solide.

Conclusion

La valorisation par multiples est un excellent point de départ. Elle permet de « cadrer » la discussion et de vérifier si les attentes du vendeur sont connectées à la réalité du marché.

Cependant, elle ne doit jamais être utilisée seule. Un chiffre brut (ex: « 6x l’EBITDA ») ne veut rien dire s’il n’est pas contextualisé par une analyse fine des forces et faiblesses de l’entreprise.

Chez Audun Partners, nous utilisons des bases de données transactionnelles professionnelles pour identifier les multiples réels de votre secteur, et nous ajustons ces références pour construire une valorisation sur-mesure, défendable face aux investisseurs ou acquéreurs.

Je suis Julien Younès, fondateur d’AUDUN Partners. J’accompagne dirigeants, investisseurs et fonds d’investissement dans leurs opérations stratégiques, avec une approche sur-mesure fondée sur la rigueur, l’éthique et la proximité.

Julien Younes

Président fondateur